- Action de L’ONG Mountain Wilderness France – Interview avec Vincent Neirinck*

L’espace montagnard en question, pour une gestion durable du Mont Blanc

Victime de son succès le secteur de la montagne et, en particulier celui du Mont blanc, est en proie à diverses menaces mettant en péril son fragile équilibre. Alors que tous les autres grands sommets planétaires bénéficient de protection et de classement efficaces, le Massif du Mont Blanc est le seul à ne pas en bénéficier. Petit tour d’horizon.

Crée en 1987 en Italie lors d’une rencontre à Biella en Italie, l’ONG Mountain Wilderness rassemble des alpinistes, chercheurs et militants et, est très active dans près de 20 pays, principalement en Europe et en Asie. La section franc?aise de Mountain Wilderness a été créée en septembre 1988 lors du Congrés d’Evian. Son action vise la mise en place de lois-cadres et de recommandations relatives à la politique de protection et de gestion durable de la montagne. Elle livre donc comme toujours pour les ONG, un énorme travail de persévérance auprès des autorités locales afin de lutter contre l’artificialisation croissante de la montagne. Tant que des décisions politiques ne sont pas prises ou non mises en œuvre les beaux engagements restent lettre morte.

Les actions de l’association visent donc à :

  • veiller au maintien des équilibres naturels ;
  • remettre en cause les pratiques déraisonnables ;
  • proposer des approches douces de la montagne en soutenant notamment une économie montagnarde plus diversifiée et d’écomobilité.

Comme le souligne Vincent il s’agit de faire le distinguo entre agir pour des espaces montagnards préservés et protégés. Aussi les actions ponctuelles, sur le terrain, ont pour objet de provoquer une prise de conscience et d’ouvrir le dialogue entre les acteurs concernés. Les actions du mouvement sont donc marquées par des campagnes de remise en cause des remontées mécaniques existantes, de sur-pitonnage des falaises en haute montagne, des vias ferratas…

Un des gros volets pour Mountain Wilderness France consiste à agir pour la protection du massif du Mont-Blanc. Les tâches sont donc ardues devant des pratiques commerciales et gestionnaires déraisonnables, comme la pratique de l’héliski pourtant interdit en France, l’extension des infrastructures ou l’enlèvement des installations obsolètes. Sans parler du coté éducatif à livrer auprès des agences de trek, mais aussi du grand public et des autorités locales et les problèmes ont leurs racines dans des habitudes d’abord culturelles.(laisser faire)

Le Mont Blanc est un monde en soi et parler de sa protection passe par une gestion partagée cohérente et respectueuse du cadre de vie de ses habitants entre La France, l’Italie et la Suisse or elle est inexistante pour l’instant. Ce manque d’ambition commune pèse lourdement sur le massif : il devient un élèment de consommation marqué par du greenwashing où la prise en compte réelle du changement climatique n’est pas à l’ordre du jour.

Or le Mont-Blanc ne subit pas mais conditionne le climat. 17 000 hectares de glace, à la fois château d’eau et réserve d’humidité, le massif du Mont-Blanc fait barrage au réchauffement climatique. Ses glaciers profonds et de forte pente résistent mieux qu’ailleurs. Des interactions subtiles entre l’orientation, la pente, l’altitude, la latitude, la répartition de l’énergie solaire et les précipitations sont à l’origine de nombreux microclimats très différents d’une vallée à l’autre.Le Mont-Blanc fait rempart aux courants et génère précipitations et vents tempétueux. Ce territoire est ainsi une richesse unique – un laboratoire essentiel pour étudier les changements climatiques.

Un deuxième atout, celui de l’économie et du tourisme : au plus fort des canicules, les paysages alpins conservent leurs cascades “écumantes” et leurs torrents “tumultueux”. Cinq millions de personnes en profitent chaque année, la “Mer de Glace” étant le glacier le plus visité au monde

Le massif du Mont-Blanc est une entité géographique pour la faune et la flore; il est entouré de vallées profondes, difficilement franchissables et marqué par une très forte amplitude altitudinale (800 – 4 800) et par un découpage original en de nombreuses vallées aux multiples versants. C’est un carrefour bio géographique où convergent la flore, la faune et les habitats respectifs des Alpes occidentales et orientales.
Massif le plus haut des Alpes, il servira d’observatoire et de refuge d’altitude si le réchauffement climatique prenait des proportions menaçantes. On mesure déjà sur 50 ans environ une élévation de 300 mètres d’altitude des écosystèmes.

Il est donc urgent d’agir pour sa protection en menant des politiques de gestion durable cohérente et coordonnées de part et d’autres des frontières française, italienne et suisse.

*Co-directeur de Mountain Wilderness France, en charge des dossiers aménagement du territoire, espaces protégés et loisirs motorisés.
Merci beaucoup à Vincent Neirinck qui a bien voulu nous consacrer du temps et donner son point de vue.

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